← Retour au blog Un week-end au Festival International des Jardins de Chaumont-sur-Loire 2026 : quand le jardin fait son cinéma

Un week-end au Festival International des Jardins de Chaumont-sur-Loire 2026 : quand le jardin fait son cinéma

Chaque année, il existe quelques rendez-vous que les passionnés de paysage attendent avec impatience. Pour nous, paysagistes et amoureuses du végétal, le Festival International des Jardins de Chaumont-sur-Loire fait partie de ceux-là.

Alors lorsque l’édition 2026 a dévoilé son thème, « Le jardin fait son cinéma », impossible de résister. Direction la Touraine pour un week-end entre copines paysagistes : Mylène Gaillard, de Constans Paysage, et Alaïs Penasson, d’Accompagnement Paysage.

Au programme : découverte du Domaine de Chaumont-sur-Loire, immersion dans les jardins éphémères du festival, longues discussions autour des palettes végétales, des mises en scène paysagères et des détails de conception qui font toute la différence.

Et comme chaque année, une certitude s’impose dès les premiers pas : ici, le jardin devient bien plus qu’un espace planté. Il raconte des histoires, provoque des émotions, questionne notre regard et repousse les limites de la création.

Alaïs Penasson Accompagnement Paysage Mylène Gaillard Constans Paysage
Alaïs Penasson, Accompagnement Paysage - Mylène Gaillard, Constans Paysage

Une référence incontournable dans le monde du paysage

Avant même de parler des jardins de cette édition, il faut comprendre ce qui rend Chaumont-sur-Loire si particulier.

Installé sur les bords de Loire, le Domaine de Chaumont-sur-Loire est aujourd’hui l’un des hauts lieux de la création paysagère contemporaine en Europe. Son Festival International des Jardins, créé en 1992, est devenu au fil des années un laboratoire d’idées où se croisent paysagistes, architectes, artistes, scénographes, botanistes, designers, étudiants et passionnés du monde entier.

Chaque année, une trentaine de jardins éphémères sont sélectionnés à l’issue d’un concours international. Tous répondent à un thème commun, mais chacun l’interprète avec sa propre sensibilité.

Au fil des éditions, les visiteurs ont ainsi découvert des thèmes aussi variés que :

Pour les professionnels du paysage, Chaumont constitue une source d’inspiration inépuisable. On y observe de nouvelles associations végétales, des matériaux innovants, des mises en scène audacieuses et parfois même des plantes encore peu utilisées dans nos régions.

C’est aussi un formidable observatoire des tendances. Certaines idées aperçues ici se retrouvent quelques années plus tard dans les jardins publics, les aménagements privés ou les grands projets urbains.

Mais ce qui frappe toujours autant, c’est la liberté de création offerte aux concepteurs. Là où un jardin classique doit répondre à des contraintes d’usage, de budget ou d’entretien, les jardins du festival deviennent de véritables œuvres d’art à ciel ouvert.

Quand le cinéma inspire le paysage

Cette année, le thème « Le jardin fait son cinéma » a offert un terrain de jeu particulièrement riche aux concepteurs.

Le cinéma et le paysage partagent finalement beaucoup de points communs. Tous deux racontent des histoires. Tous deux utilisent les émotions, la lumière, les perspectives et les effets de surprise pour embarquer le visiteur dans un univers.

À Chaumont, les interprétations sont multiples.

Certains jardins rendent hommage à des films cultes comme Avatar, Jurassic Park, Fenêtre sur cour ou encore The Truman Show. D’autres explorent davantage les techniques du septième art : le cadrage, les effets spéciaux, les décors ou les jeux d’illusion.

Certains recréent même l’ambiance d’une salle de cinéma ou interrogent notre position de spectateur face au paysage.

Ce qui nous a particulièrement plu, c’est la diversité des approches. On passe d’ambiances spectaculaires à des propositions beaucoup plus poétiques ou conceptuelles. Chaque jardin raconte son histoire avec ses propres codes.

Comme au cinéma, certains décors impressionnent immédiatement tandis que d’autres révèlent toute leur profondeur après quelques minutes d’observation.

Parmi tous les jardins découverts au cours de la journée, trois ont particulièrement retenu notre attention.

Le jardin rouge-baiser  Les jardins de Tati
Le jardin rouge-baiser / Les jardins de Tati

Coup de cœur n°1 : Le Jardin de Truman

Impossible pour nous de passer à côté de cette référence au film culte The Truman Show.

Conçu par les étudiants Louna Rocquin-Geniez, Fanny Suere, Lucas Leblanc et Paul Grimault de l’Institut Agro Rennes-Angers, ce jardin réussit l’exercice délicat de retranscrire l’atmosphère du film sans tomber dans la caricature.

Dès l’entrée, quelque chose semble étrange.

Le jardin paraît d’abord parfaitement maîtrisé, presque artificiel. Puis, au fil du parcours, cette impression de contrôle se fissure progressivement. Les sols se délitent, les lignes deviennent moins nettes, la végétation gagne en spontanéité.

Comme Truman découvrant peu à peu les failles de son univers, le visiteur perçoit que le décor n’est pas aussi parfait qu’il en a l’air.

Nous avons particulièrement apprécié cette évolution subtile du paysage. Rien n’est démonstratif, tout est suggéré.

Puis vient la scène finale.

Le faux ciel peint, immédiatement reconnaissable pour les amateurs du film, apparaît comme une ultime frontière entre fiction et réalité. La porte de sortie constitue un clin d’œil particulièrement réussi qui clôt le parcours avec poésie.

Au-delà de la référence cinématographique, ce jardin interroge notre rapport au paysage conçu. Où s’arrête le décor ? Où commence la nature ? Quelle part de contrôle peut réellement exercer le concepteur ?

Autant de questions qui résonnent fortement avec notre métier.

Le jardin de Truman par Louna Rocquin-Geniez, Fanny Suere, Lucas Leblanc et Paul Grimault
Le jardin de Truman par Louna Rocquin-Geniez, Fanny Suere, Lucas Leblanc et Paul Grimault

Coup de cœur n°2 : Fenêtre sur cour

Il existe des films qui marquent durablement une vie. Pour moi, Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock fait partie de ceux qui ont éveillé très tôt son intérêt pour le cinéma.

Autant dire que nous attendions beaucoup de cette interprétation paysagère.

Et nous n’avons pas été déçues.

Imaginé par Azilis Dubée et Adrien Laurelli, ce jardin prend un parti pris particulièrement intelligent : contrairement à la plupart des réalisations du festival, il ne se visite pas.

Le visiteur reste à l’extérieur.

Il observe.

Il regarde.

Il devient spectateur.

Cette simple décision change complètement l’expérience.

Une frontière physique se crée entre le monde observé et celui de l’observateur. Comme dans le film d’Hitchcock, nous regardons une scène sans pouvoir y pénétrer réellement.

Cette distance renforce la curiosité. Chaque détail prend de l’importance. Chaque mouvement du végétal devient un événement.

Le jardin fonctionne alors comme un décor vivant dont nous ne sommes pas les acteurs mais les témoins.

Nous avons trouvé cette proposition particulièrement brillante car elle utilise l’espace lui-même pour raconter le film. Ici, le concept n’est pas seulement représenté : il est vécu.

C’est exactement ce que l’on recherche dans un jardin contemporain réussi.

Fenêtre sur cour par Azilis Dubée et Adrien Laurelli

Coup de cœur n°3 : Jurassic Plantes

Visuellement, c’est probablement le jardin qui nous a le plus impressionnées.

Conçu par Corentin Pfeiffer, paysagiste et metteur en scène végétal, accompagné de Romain Maire, spécialiste des orchidées, Jurassic Plantes revisite l’univers de Jurassic Park sous un angle botanique.

Le concept peut sembler plus direct que celui d’autres jardins du festival, mais son efficacité est redoutable.

Dès les premiers regards, le contraste fonctionne.

Les feuillages vert acide semblent jaillir des structures en acier corten dont les teintes brunes rappellent la terre et les strates géologiques.

Le bassin circulaire, minimaliste, avec son fond sombre, agit comme un écran de cinéma reflétant la végétation environnante. Les jeux de lumière et les effets de brume apportent une dimension presque cinématographique à l’ensemble.

Mais c’est surtout le choix des végétaux qui fait la richesse du projet.

Les concepteurs ont privilégié des espèces dont les ancêtres existaient déjà à l’époque des dinosaures. Fougères arborescentes, ginkgos et autres végétaux primitifs composent un décor crédible tout en restant extrêmement esthétique.

Les panneaux retraçant l’apparition des différentes familles végétales ajoutent une dimension pédagogique bienvenue.

Les silhouettes minimalistes évoquant les dinosaures ne cherchent jamais à voler la vedette au végétal. Elles l’accompagnent simplement, comme des fantômes du passé surgissant au milieu de cette végétation ancestrale.

Un jardin spectaculaire, accessible à tous les publics et particulièrement réussi sur le plan visuel.

Jurassic plantes par Corentin Pfeiffer et Romain Maire
Jurassic plantes par Corentin Pfeiffer et Romain Maire

Bien plus qu’un festival : découvrir l’ensemble du domaine

Jardin sec Jardin permanent
Jardin sec - Jardin permanent

Si les jardins éphémères constituent souvent la principale motivation de la visite, réduire Chaumont-sur-Loire à son festival serait une erreur.

Le domaine mérite à lui seul une journée complète de découverte.

Au fil des allées, les jardins permanents offrent une autre approche du paysage. Plus durables, plus installés dans le temps, ils permettent d’observer comment les végétaux évoluent et dialoguent avec le site.

Les collections végétales, les massifs, les perspectives et les compositions arborées témoignent d’une grande richesse botanique.

Autre particularité du domaine : la présence permanente d’œuvres d’art contemporain.

Le land art occupe une place importante dans l’expérience de visite. Certaines installations se fondent presque dans le paysage tandis que d’autres créent volontairement un contraste fort avec leur environnement.

Cette rencontre entre art, nature et paysage constitue l’une des signatures du lieu.

À chaque détour, une œuvre, une perspective ou un détail attire le regard et invite à ralentir.

C’est sans doute ce qui distingue Chaumont de nombreux autres jardins remarquables : ici, la promenade devient une véritable expérience culturelle où le végétal dialogue constamment avec la création artistique.

Bassin Jardin permanent
Bassin - Jardin permanent

Pourquoi chaque paysagiste devrait venir au moins une fois à Chaumont

En repartant vers le Sud-Ouest après ce week-end en Touraine, nous avions une nouvelle fois les carnets remplis d’idées.

Des associations végétales repérées ici et là.

Des matériaux utilisés de manière originale.

Des plantes découvertes au détour d’un jardin.

Des références artistiques auxquelles nous n’aurions jamais pensé.

Pour un paysagiste, visiter Chaumont-sur-Loire n’est pas simplement une sortie agréable. C’est une véritable parenthèse créative.

On y nourrit son regard.

On y découvre des concepteurs venus d’horizons différents.

On y observe les évolutions du paysage contemporain.

On y apprend aussi à regarder autrement.

Dans nos métiers, nous sommes souvent concentrés sur la technique, les contraintes de terrain, les budgets ou l’entretien futur des aménagements. Chaumont nous rappelle que le paysage est également un art, capable de raconter des histoires et de susciter des émotions profondes.

L’édition 2026 en est une parfaite illustration.

Avec « Le jardin fait son cinéma », le festival nous invite à explorer les liens entre deux formes de création qui ont beaucoup en commun : l’art du paysage et l’art de la mise en scène.

Et si certains visiteurs viennent simplement admirer de beaux jardins, nous repartons, nous, avec quelque chose de plus précieux encore : de nouvelles idées à faire germer.

Parlons de votre projet

Une idée de jardin, un chantier à prévoir, une simple question ? Nous étudions chaque demande avec attention et vous répondons sous 48 h.

Adresse
240 impasse Timbal
31340 Vacquiers